POLITIQUE

Affaire Damiba | Politiques et OSC togolais crient haro sur Lomé

Magloire TEKO - 26 janvier 2026 14:16 5 min de lecture
Affaire Damiba | Politiques et OSC togolais crient haro sur Lomé

Quelques jours après l’extradition de Paul-Henri Damiba vers le Burkina Faso, le sujet reste d’actualité et continue de faire le chou gras de la presse. Malgré la justification par le Gouvernement togolais de sa démarche par les crimes économiques, comme évoqués par Ouagadougou dans sa demande, beaucoup d’observateurs restent toujours dubitatifs. Y voyant beaucoup plus un jeu d’intérêts et de positionnement stratégique auxquels se serait livré Togo et qui constituent, en soi, une dangereuse jurisprudence.

Si du côté du Burkina Faso, on se réjouit du fait que le Togo, par cette extradition de Damiba, atteste sa fidélité à ses valeurs d’accueil humanitaire pour contribuer à la paix chez ses voisins, en refusant de faire de son territoire, un centre de déstabilisation contre ses mêmes voisins, comme l’a écrit le quotidien « Aujourd'hui au Faso », la démarche soulève, aux yeux de nombre d’observateurs, plusieurs préoccupations importantes.
Affaire Damiba | Politiques et OSC togolais crient haro sur Lomé
D’abord, elle renforce la légitimité des régimes militaires en donnant un signal clair qu’elles peuvent compter sur le soutien d’autres États, dans des actions controversées. Ensuite, elle affaiblit les mécanismes régionaux de médiation, déjà fragiles. Créant ainsi une atmosphère de méfiance nourrie par la certitude que le refuge offert aux opposants politiques est désormais susceptible d’être remis en question.
Affaire Damiba | Politiques et OSC togolais crient haro sur Lomé
Nathaniel Olympio, porte-parole du Front "Touche Pas à ma Constitution"
« C’est criminel »
Au Togo, les réactions continuent de fuser de partout. Pour Nathaniel Olympio, porte-parole du Front « Touche pas à ma Constitution », cela sonne surprenant de la part d’un médiateur que Faure Gnassingbé ait choisi de livrer ‘’le plus faible du moment au plus fort ‘’. Ce faisant, indique ce dernier rapporté par l’AFP, le Président du Conseil du Togo a violé la tradition diplomatique du Togo qui a toujours donné refuge à des présidents déchus.
Affaire Damiba | Politiques et OSC togolais crient haro sur Lomé
Eric Dupuy, porte-parole de l'ANC et Conseiller spécial de Jean-Pierre Fabre
Dans les rangs de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC), l’on estime que cette extradition confirme le « double langage diplomatique » de ce régime. Eric Dupuy, Porte-parole et Conseiller spécial de Jean-Pierre Fabre, sur Radio Victoire, s'est expliqué par la démarche du Togo, membre de la CEDEAO, qui s’est proposé de l’accueillir, avec des privilèges dus à son rang. Puis du jour au lendemain, renchérit, il, Lomé décide de favoriser le rapprochement avec les pays de l’AES pour le livrer sur la base, dit-il, des « accusations fantaisistes », celui qu’il héberge depuis trois ans.
« On livre un ancien chef d’Etat comme un vulgaire criminel à celui qui l’avait renversé. Or au Burkina- Faso, il y a la peine de mort pour ceux qui ont commis des crimes à l’atteinte de l’Etat (…) Dans ce cas, on propose à d’autres pays de l’accueillir, et non le livrer. Sinon c’est criminel », analyse le membre influent de l’ANC qui en déduit un cheminement vers une adhésion du Togo à l’AES, comme l’avait récemment énoncé le chef de la diplomatique togolaise, Prof Dussey, a-t-il argumenté.
Affaire Damiba | Politiques et OSC togolais crient haro sur Lomé
Outre les politiques, des acteurs de la Société civile expriment également leur position tranchée face au sujet. Parmi eux, Mohamed Madi Diabakaté, politologue togolais et président honoraire du Centre pour la gouvernance démocratique et la prévention des crises (CGDPC). Selon ce dernier, dans une interview accordée aux confrères www.lepoint.fr, les instruments communautaires et la jurisprudence de la Cour de justice de la CEDEAO imposent, de fait, aux Etats membres, plusieurs obligations fondamentales qui doivent être respectées. Il s’agit notamment, énumère-t-il, du respect du principe de non-refoulement, de la protection du droit à un procès équitable, et de l’interdiction des transferts qui exposent les individus à des risques sérieux de violations graves de leurs droits.
« Le Togo ébranle les fondements du droit d’asile »
Ainsi donc, de par son statut de « réfugié politique », Madi Diabakate considère cette extradition de Damiba comme « une menace sérieuse », tant pour la sous-région ouest-africaine que pour l’ensemble du continent africain. Car « en le renvoyant dans son pays d’origine alors qu’il détenait le statut d’exilé politique, le Togo ébranle les fondements du droit d’asile », indique le politologue togolais.
Affaire Damiba | Politiques et OSC togolais crient haro sur Lomé
Madi Mohamed Diabakate, politologue togolais...
Plus loin, M. Diabakate relève que ce précédent envoie une onde de choc à travers le continent et fragilise la confiance des exilés politiques africains. Mieux, dit-il, « il établit un climat d’insécurité juridique durable pour toute personne forcée à fuir son pays à la suite d’une crise politique ».
Dès lors, en agissant de la sorte, se désole le président honoraire du Centre pour la gouvernance démocratique et la prévention des crises, le Togo envoie un message alarmant. C’est que « l’asile peut désormais être révoqué pour des raisons politiques, et les garanties diplomatiques sont envisagées comme un substitut au principe fondamental du non-refoulement », explique M. Diabakté pour qui cette décision, à l’analyse, crée un précédent qui pourrait, à l’avenir, se retourner contre d’autres dirigeants ou exilés politiques, ce qui contribue à instaurer un climat d’insécurité pour ceux qui fuient des régimes autoritaires.
Lomé justifie sa démarche
On se rappelle que Lomé, dans son communiqué, avait indiqué avoir reçu une demande d’extradition formulée par les autorités judiciaires de la République du Burkina Faso, contre M. Damiba poursuivi pour détournement criminels de derniers publics, enrichissement illicite criminel, corruption, incitation à la commission de délits et crimes, recel aggravé et blanchiment de capitaux. Demande à la laquelle ont répondu les autorités compétentes togolaises, conformément à la procédure en matière d’extradition au Togo.
Affaire Damiba | Politiques et OSC togolais crient haro sur Lomé
«La dynamique AES aujourd'hui doit être soutenue»
S'il est officiellement évoqué de crimes économiques par Lomé et Ouagadougou, d'autres observateurs voient derrière les comportements de Damiba, un émissaire de l'Occident contre les intérêts du Burkina-Faso, et par-delà de toute la communauté AES. C'est le cas du Mouvement Martin Luther King pour qui, Damiba, par ses agissements, prouve qu'il est à la solde des forces impérialistes pour déstabiliser le Burkina. Sinon, «un réfugié ou un exilé doit respecter les devoirs de réserve...Il doit s'abstenir des déclarations et des actions subversives contre son pays d'origine», nous a confié Pasteur Edoh Komi, le Président du MMLK qui soutient que la dynamique AES aujourd'hui doit être soutenue.

Laissez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs requis sont indiqués *