Face aux théâtrophiles, et admiratifs des arts de la scène présents, ALSYDY a fait de la magie. Celle d'allier parfaitement le conte au théâtre. Dans la posture exceptionnelle d'acteur-conteur, le comédien conteur togolais a fait voyager, en 75 minutes, l'assistance, témoin imaginaire du tragique destin de Sidi, un volontariste de l'authentique peuple Dogon, au Mali.
Tout commence au pied d'une falaise. Un voyage à la recherche du masque kanaga volé pour être revendu à Paris et qui tourne au drame. Un mort, une enquête diligentée, un commissaire de police à la rescousse, des investigations. Puis, une piste toute tracée. Une grotte. Un carnet. Celui de Sidi. Objectif : à la recherche d'une empreinte.
Du village de Bandiagara à Mopti en passant par Bamako, le voile se lève sur un suspect. Kader. Mais entre insuffisances de preuves, curiosité, témérité et perspicacité de l'enquêteur, cette première piste, avérée fausse, est battue à brèche par une seconde. Celle d'une trace de sang qui change tout. Kader, l'innocent et faux suspect est disculpé.
Puis entre en scène, un autre nom. Yakouba, cette fois-ci le vrai meurtrier. Sidi, enterré au pied du baobab, c'est affaire classée. Aucune arrestation. Mais quant à la cause du décès, elle est bien connue : l'avidité d'un homme, et le silence d'un homme.
En parfaite connexion avec l'ingénieux et inspiré acteur-conteur, les philotéatristes délectent tout ébahis, voire tous transfigurés, une rocambolesque histoire contée du peuple Dogon qui ressemble étrangement à celle de Moussa et Bala, deux amis de longue date mais opposés face aux intérêts. L'héritage. La terre.
Entre la ruise, le mensonge, la trahison, l'audace et la mort qui n'est que la délivrance des souffrances terrestres, "Chronique d'un silence" se veut une histoire, certes dramatique, mais empreinte de leçons de morale. D'une part, la dualité entre la tradition et la modernité. D'autre part, cela remet au goût du jour, l'épineuse question de la sentence et la réparation.
L'harmonie entre la modernité et la tradition
«Chronique d'un silence véhicule le message de la jumelité entre les traditions, et surtout l'harmonie dans laquelle vivent la modernité et la tradition. Nulle part, on ne voit un Commissaire de police qui, après son enquête, se refuse d'arrêter les coupables», a déclaré ALSYDY.
«Pour moi, la prison ne corrige jamais. C'est comme une torture et cela ne fait pas prendre une vérité à une personne, mais plutôt un aveu, juste parce qu'elle est torturée», a-t-il expliqué, précisant qu'il y a, de son point de vue, d'autres mécanismes pour redresser ou éduquer un peuple, ou pour que l'homme soit convoqué au Tribunal sa propre Conscience.
Conscient que chaque masque volé à Mopti, et chaque masque vendu à Paris est un trou creusé à Damas, «la prochaine fois que vous verrez un masque dans un musée, demandez-vous, qui aurait pu danser avec», a conclu ALSYDY.
"La rencontre entre le conte et le théâtre"
Une prestation de haute facture dont se satisfait le metteur en scène Alpha RAMSES qui explique la démarche :
«C'est une adaptation qui a pris le nom de Chronique d'un silence. Autrement, c'est la rencontre entre le conte et le théâtre. C'est un exercice complexe qui consiste à faire revisiter un texte, mais d'une autre manière. Parce que le roman appartient à la littérature, et il est question de l'amener au théâtre. Et cela demande un travail assez spécifique de dramatisation afin d'en faire une oeuvre théâtrale, tout en gardant les parties contes et récits».
Il relève, par ailleurs, que c'est une démarche courageuse, du moment où traditionnellement, un conteur est souverain sur son histoire qu'il conte. Mais dans le cas d'espèce, ALSYDY double ce rôle traditionnel avec celui des différents personnages.
«Je trouve qu'il est doté de beaucoup de volonté et de courage. Je suis très content de ce qu'il a accompli. Pour le reste, ALSYDY reste un conteur et un orateur exceptionnel», a ajouté cet autre comédien, dramaturge et auteur de textes de théâtre et l'une des figures de proue de la culture togolaise.
Pour rappel, le projet est une production de "Gabitè Maison de l’Oralité", avec le soutien du FEF Création Africa et l’Institut Français du Togo. "Chronique d'un silence" est une première sortie de résidence démarrée en juin et qui s'est poursuivi, samedi, avec "brin de chocolat" pour s'achever, ce dimanche 6 septembre, à la Bibliothèque Allemande de Tsévié, avec un Spectacle atelier.
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